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Aujourd'hui, j'ai décidé de consacrer un article sur un livre qui m'a touché.
Il y a peu, j'ai pris la décision de n'offrir que des cadeaux provenant ou soutenant uniquement des associations luttant pour les droits de l'Homme et des Animaux. Cela vient de ma volonté à soutenir autant que possible des luttes en accord avec mes convictions, tout en faisant plaisir à mes proches. Ce choix a également le mérite de me garder d'acheter, par erreur, des produits issus de la maltraitance animale ou de l'atteinte aux droits de l'homme. (Comme c'est le cas des produits chinois notamment...) Pensez-y pour Noël, vous aussi.

Mon dernier achat en date a été pour Amnesty International :la bande dessinée Panthers in the hole, scénarisée et dessinée par deux frères français: Bruno et David Cénou. Elle est complétée par un dossier d'investigation écrit par plusieurs experts.
Cette bande dessinée est un témoignage grave et poignant d'une erreur judiciaire, dans le contexte d'une Amérique ségrégationniste, qui a conduit à quarante ans d'acharnement judiciaire la mise en isolement de plusieurs détenus afro-américains. Ces détenus, au sein même de la prison, ont milité pacifiquement pour qu'on leur reconnaisse des droits, et se sont fait appeler les Black Panthers. Ainsi, ils sont devenus des prisonniers politiques, victimes de virulentes représailles de la part du directeur de la prison d'Angola dans laquelle ils sont maintenus, et de l'État de Louisiane, qui se sont acharnés à les écraser pour les tenir sous silence.
Fait ironique: cette prison fut construite sur une ancienne exploitation esclavagiste de canne à sucre et porte le nom d'Angola, car c'était le pays d'origine des esclaves noirs qui y étaient exploités. De nos jours, les prisonniers (majoritairement noirs) sont condamnés aux travaux forcés, c'est-à-dire à cultiver ces champs de canne!

Voici le résumé du livre:
Mon nom est Robert H. King. Je suis le seul des "trois d'Angola" à vivre libre. Mes camarades, Albert Woodfox et Herman Wallace, et moi-même avons payé pour notre militantisme au sein du parti des Black Panthers. Après 31 ans passés à la prison d'Angola en Louisiane, dont 29 en isolement, j'ai été libéré le 8 février 2001. En 1970, un jury m'avait condamné à une peine de 35 ans d'emprisonnement pour un crime que je n'avais pas commis. En 1972, j'ai été mis en examen 29 ans durant pour le meurtre d'un gardien de prison à Angola, même si je me trouvais à 250 kilomètres de là à l'époque des faits. Herman et Albert ont été accusés à tort de ce meurtre. Nous nous sommes tous trois retrouvés détenus en quartier d'isolement, dans une cellule de deux mètres par trois.

Pendant plus de 40 ans, trois Black Panthers ont lutté contre leur détention à l'isolement. Un combat toujours d'actualité, soutenu par Amnesty International.

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Je disais avoir été touché par ce livre, car j'ignorais cette histoire, pourtant mondialement connue. (Pourquoi les médias français n'en parlent-ils jamais?)  Il y a même eu un film sur le sujet, narré par Samuel Lee Jackson intitulé "In the land of the free..."  (notez le titre et l'affiche particulièrement ironique), ainsi qu'une mobilisation immense pour faire libérer ces malheureux, soutenue par Amnesty International.
Ce livre relate de la forte ségrégation raciale qui pousse le système judiciaire américain à trouver des boucs émissaires noirs pour clore des affaires irrésolues. Il témoigne des graves dérives au sein même d'une prison: les passages à tabac arbitraires réservés au noirs, la fouille anale humiliante et injustifiée, la prostitution et les agressions sexuelles encouragées par les gardiens qui en tirent profit, ainsi que les "Jeux d'Angola" consistant à un spectacle payant montrant des prisonniers dans une arène, forcés à jouer au poker autour d'une table pendant qu'un taureau les encorne. Celui qui tient le plus longtemps sur sa chaise gagne de l'argent. Si l'un d'entre eux finit assez blessé pour être proche de mourir, il a des chances d'être libéré. Bien entendu, des gens payaient pour voir ce spectacle... et l'argent revenait à la prison.
Le fait le plus fort qui est montré du doigt est la mise en isolation totale de certains prisonniers, et ce, pendant des décennies, constituant une atteinte grave aux droits de l'Homme, car cela les brise mentalement et physiquement à plus d'un titre.

Robert King en personne a écrit la préface de ce livre. Il est, à ce jour, le seul des trois Black Panthers à être libre*, et il est devenu le fer de lance de cette lutte pour la liberté. Dans sa préface, il souligne le fossé entre ce qui est légal aux États-Unis, et ce qui est moral. Il pense qu'en Amérique demeure une forme d'esclavagisme sévère et déguisé au sein même du milieu pénitencier. De fait, sa raison de vivre demeure dans son combat pour les droits de l'Homme aux États-Unis.
*Herman Wallace est décédé trois jours après sa libération à cause d'un cancer du foie, non diagnostiqué à temps, à cause du suivi médical déplorable en prison et de la forte négligence en matière d'alimentation, d'hygiène, et de soin en général. Albert Woodfox est actuellement toujours en isolement...

Le support de la bande dessinée pour témoigner cette histoire est excellent. Je suis particulièrement attaché à ce genre de livre, montrant par le dessin des faits terribles qu'on ne doit pas oublier, et puisant une réelle énergie par les images. Je cite en exemple d'autres livres du genre que j'ai adoré: un Printemps à Tchernobyl et Triangle Rose (sur les homosexuels déportés pendant la Seconde Guerre mondiale).

Véritable plaidoyer pour la justice, "Panthers in the hole" (les Panthères dans le trou) dégage une force et un souffle qui ne laissera personne indifférent. Il est disponible à l'achat dans la boutique d'Amnesty International. Pour en savoir plus sur cette histoire et pour agir, allez sur ce site: www.amnesty.fr/angola3

Le trailer du film "In the land of free"
Le DVD du film "In the land of free"